Pierre Adrien Pâris (1745-1819)

Le 1er août 1819, Pierre-Adrien Pâris meurt dans son appartement du 8 rue Neuve (l’actuelle rue Charles-Nodier) où il s’était installé en juin 1817, à son retour d’Italie. Le 3 août, Charles Weiss écrit dans son Journal : « M. P. A Paris, architecte dessinateur du Roi, chevalier de Saint-Michel, né à Besançon, y est mort le 1er de ce mois à l’âge de 73 ans. Il lègue à la ville par son testament un cabinet précieux et une bibliothèque composée de livres rares d’architecture et d’antiquités ; il a été inhumé à Saint-Ferjeux dans un petit terrain attenant au cimetière public, qu’il avait acquis et où il avait fait élever à ses frais un simple monument ; afin d’épargner à la ville toute espèce de dépenses. » Cette tombe discrète, une colonne dorique grecque surmontée d’une urne, vient d’être restaurée par la ville de Besançon.​


Une architecture détruite ou modifiée

Carton M III, n° 2 Hôtels Tassin de Villiers et Tassin de Moncourt, à Orléans

Pierre-Adrien Pâris, qui a vu le jour le 25 octobre 1745 dans le quartier Battant à Besançon, est en effet à l’origine d’une des donations les plus importantes faites à la ville de Besançon. C’est l’un des grands architectes collectionneurs du XVIIIe siècle. La plupart des édifices majeurs qu’il a construits sont aujourd’hui soit modifiés (l’hôtel Arboulin de Richebourg à Paris, les hôtels Tassin à Orléans, l’hôtel de ville de Neuchâtel), soit détruits (le château de Colmoulins près du Havre en 1944). Pierre Adrien Pâris a beaucoup travaillé pour des décors intérieurs (aujourd’hui démontés et dispersés, comme ceux réalisés pour le duc d’Aumont, répartis entre Pâris et les Etats-Unis) et pour l’art éphémère du théâtre et des fêtes, à Versailles, Marly, Fontainebleau… 


Une collection intacte

Bibliothèque hotel Arboulin de Richebourg

Sa collection, elle, à l’inverse de celles de ses contemporains architectes, est restée intacte et constitue le socle des collections artistiques du XVIIIe siècle de la bibliothèque et du musée des beaux-arts, qu’il s’agisse des superbes dessins aquarellés témoins de son œuvre riche et multiforme d’architecte et de dessinateur, ou de ses collections d’antiquités, des dessins et tableaux de maîtres qu’il avait réunis, et enfin de sa bibliothèque.​​


Une carrière d'architecte

Son biographe Pierre Pinon le rappelle : Pâris a eu trois vies. Tout d’abord une brillante carrière professionnelle d’architecte et de décorateur, travaillant aussi bien pour une clientèle privée que pour la cour. D’origine modeste, né dans une ville de province, il connaît à partir de 1764 une ascension sociale typique de l’ancien régime, fruit à la fois de son talent et de la protection des puissants. Après un séjour fructueux en Italie, il enchaîne charges et commandes publiques : dessinateur de la Chambre et du Cabinet du roi, il conçoit les architectures éphémères pour les fêtes et cérémonies royales, ainsi que les décors des spectacles donnés dans les théâtres de la cour ; architecte-dessinateur de l’Académie royale de musique, il est responsable de la conception des décors de l’opéra de Paris. 


Hôpital de Bourg en Bresse

Architecte des Economats, il achève les tours de la façade gothique de la cathédrale d’Orléans ; protégé de l’intendant de Bourgogne, il construit la prison de Chalons sur Saône et l’hôpital de Bourg-en-Bresse. Mais il a aussi une clientèle privée, pour qui il construit à Paris des hôtels particuliers et en province des châteaux ou des jardins. Par ailleurs, il commence à constituer sa collection artistique.​


Des années en retrait

Pigeonnier en Normandie

La Révolution française, à partir de 1792, lui fait perdre ses charges et sa clientèle. Pâris cesse pendant treize ans toute activité officielle d’architecte, vit en Normandie et en Franche-Comté chez des amis sûrs ; il refuse toutes les propositions de poste dans l’administration révolutionnaire comme dans celle de l’Empire.​


Une troisième vie à Rome

Le colisée

Sa troisième vie commence en 1806 avec un nouveau séjour à Rome ; s’il effectue quelques missions pour la France (intérim de la direction de l’Académie de France ; organisation à Paris du transfert des collections de la ville Borghese), il va se consacrer avant tout aux recherches archéologiques et à des études sur l’architecture antique, visitant les villes antiques du sud de l’Italie, participant aux fouilles du Colisée à partir de 1811. Il consacre plusieurs manuscrits aux monuments antiques de Rome, restés inédits.

 


Un legs généreux

Détails d'arabesques (ou grotesques) des pilastres du décor des Loges de Raphaël au Vatican

De retour à Besançon pour les deux dernières années de sa vie, Pâris se consacre à organiser le sort futur de sa bibliothèque et de ce qu’il appelle son « petit museum ». Il fait la connaissance du conservateur de la bibliothèque municipale, Charles Weiss, centre de de vie intellectuelle et artistique de Besançon et dont le rayonnement intellectuel dépassait largement la région. C’est à la bibliothèque que Pâris lège l’ensemble de sa collection ; Charles Weiss en publie le catalogue en 1821.​


Cette collection Pâris est riche de 800 livres, du XVIe siècle au début du XIXe siècle, de quelques 2400 dessins et gravures d’artistes du XVIIIe siècle (Hubert Robert, Fragonard, Boucher, Louis Durameau, François-André Vincent, Charles-François de La Traverse …), de 1500 dessins de sa main, de 35 tableaux, d’objets d’art et d’une collection d’antiques (égyptiens, grecs et romains). Elle est aujourd’hui partagée entre le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie et la bibliothèque.

Alors que les œuvres de cette collection ont été régulièrement exposées, tant à Besançon que dans des expositions prestigieuses en France ou à l’étranger, ce n’est qu’en 2008 qu’une exposition rétrospective, organisée par la bibliothèque municipale et le musée des beaux-arts de Besançon, présente la carrière, l’ensemble de l’œuvre et la collection de Pierre-Adrien Pâris.


salle de banquet Marly

A lire : Le cabinet de Pierre-Adrien Pâris, architecte, dessinateur des Menus-plaisirs : exposition, Musée des beaux-arts et d'archéologie, Besançon, du 14 novembre 2008 au 23 février 2009, en collaboration avec la bibliothèque municipale de Besançon, Paris, 2008