Les Lumières de la ville ?

Le XIXe siècle a façonné la ville. Cité repliée sur sa « Boucle » en raison de ses fonctions militaires au début du siècle, Besançon s'étend progressivement au-delà des murs et des faubourgs. La physionomie de la ville évolue aussi avec la mise en œuvre d'une véritable politique d'urbanisme et d’une industrialisation naissante. De nouvelles infrastructures voient le jour (voirie, chemin de fer, transports urbains, éclairage public, électrification...). D’autres se modernisent au rythme des avancées industrielles et des progrès technologiques. Mais est-ce que la population bénéficie réellement de ces transformations ? Les conditions de vie, de travail, d'hygiène et de santé s'améliorent progressivement. L'attrait de la cité se traduit par une augmentation démographique, en partie due à un exode rural et une immigration importante. L'école se démocratise et les principes républicains se développent.​

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Un territoire urbain en mutation

Au XIXe siècle, Besançon devient une​ place forte militaire et une ville de garnison. Cette nouvelle fonction entraîne d'importantes servitudes empêchant ou réglementant toute nouvelle construction autour des nombreux sites de l'Armée. Pour y mettre fin, la municipalité demande le dérasement des vieux remparts de la ville, ce qu'elle obtient par une loi du 20 juillet 1911. La population bisontine est également mise à contribution, en devant loger ponctuellement des troupes militaires.​


L'armée entravant le développement urbain du centre, la ville s’étend au-delà des fortifications au XIXe siècle, principalement dans le secteur des Chaprais mais aussi à Canot et dans les villages de la banlieue. Les quais présentant des risques sanitaires importants, la municipalité décide de les aménager entre 1864 et 1879.

Les progrès en matière d'infrastructure au XIXe siècle bouleversent la vie des Bisontins. L’arrivée des eaux d’Arcier en 1855, l'amélioration et le nettoyage des voies publiques, l'enlèvement des déchets et le renforcement de l'éclairage améliorent le quotidien des habitants. Le développement des voies de communication et des moyens de transports expliquent aussi le renouveau de la ville : percement du canal du Rhône au Rhin entre 1827 et 1833, arrivée du chemin de fer à la fin des années 1850, mise en place du Tacot desservant les montagnes du Haut-Doubs et Vesoul et premier tramway.


Une redéfinition de la vie économique

Le XIXe siècle transforme véritablement l'activité économique de la capitale comtoise. Á dominante agricole et artisanale jusqu'alors, elle devient un centre industriel attractif pour les entrepreneurs et les investisseurs privés, amenant avec eux les ouvriers français et étrangers. Une industrie bisontine émerge, avec en premier lieu l'horlogerie : en 1866, la ville produit 98 % des montres fabriquées en France. D’autres secteurs fleurissent : la papeterie, le textile, la métallurgie et l’industrie chimique.

 


Besançon étant le lieu principal d’échanges des produits provenant des campagnes environnantes et un espace de ravitaillement pour les régions voisines et la Suisse, elle voit ses fonctions commerciales et bancaires se renforcer. Des fortunes nouvelles apparaissent, dont certaines sont utilisées au profit de la population : c'est le cas du banquier Adolphe Veil-Picard ou du rentier Jean-Claude Midol.​


L'industrialisation amène néanmoins son lot de désillusions. Comme dans les autres villes, la population bisontine découvre les conditions précaires de la vie ouvrière. L’activité des usines provoque également une grande pollution : les eaux du Doubs sont régulièrement contaminées, notamment aux Prés-de-Vaux où les soieries Chardonnet et les papeteries Weibel déversent directement leurs eaux usées dans la rivière.​


Population et vie quotidienne

Entre 1801 et 1911, Besançon passe de 28 000 à 57 997 habitants. L'exode rural et l'immigration étrangère justifient principalement cette hausse. La Boucle et Battant concentrent l’habitat et les activités industrielles, artisanales et même agricoles, sources de pollution et de nuisances. L’air ambiant dans la ville est malsain et propice au développement des épidémies. Le surpeuplement, l’insalubrité, l'humidité et l'obscurité sont généralisés. De nombreuses mesures départementales et municipales sont alors prises à partir des années 1850, afin d'améliorer la vie quotidienne de la population, leur précarité matérielle et sanitaire ainsi que leurs habitations. Un service municipal d'hygiène est créé dès 1890, faisant partie des tous premiers en France.​


Au XIXe siècle, les épidémies rythment la vie des villes : choléra, fièvre typhoïde, phtisie et variole tuent de nombreux Bisontins. A partir des années 1870, les progrès scientifiques et la diffusion de vaccins permettent de les faire diminuer.​


Une meilleure existence en ville ?

Le développement démographique des cités, la densification de leur bâti et leur industrialisation s'opposent de plus en plus à une vie en campagne rythmée encore par l'agriculture et les variations saisonnières. Besançon est la grande ville, où la population reculée découvre pour la première fois les grandes institutions, des services innovants, une diversité des métiers et des lieux de divertissement n'existant pas dans les villages.

Dès 1882, Besançon se dote d’une structure d'accueil d'enfants novatrice pour l'époque, pouvant héberger jusqu’à 125 nouveaux nés. La crèche Bersot résulte d’une initiative privée : le rassemblement dans l'Œuvre des crèches de femmes de la bourgeoisie bisontine autour du bienfaiteur François-Louis Bersot (1822-1888). L'objectif avoué est de permettre aux mères de travailler.

 


L'école se généralise au XIXe siècle, tant pour les garçons que les filles. Lire, écrire et calculer se démocratise. Mais les plus ambitieux, souhaitant obtenir leur baccalauréat et accéder à l'université, doivent rejoindre la grande ville pour fréquenter un service rare. Besançon s'impose alors comme la ville du savoir pour les campagnes environnantes. Elle réunit un ensemble complet d'établissements d'enseignement : collèges privés, un lycée public de garçon, un lycée public de jeunes filles et une université. Elle propose également une école de dessin, une école de musique et une école d'horlogerie.​


A Besançon, les premiers journaux locaux, semi-hebdomadaires, apparaissent : L'Impartial de 1829 à 1858, La Gazette de Franche-Comté de 1831 à 1834 et Le Patriote franc-comtois de 1832 à 1834. En 1883, le Petit Comtois, ancêtre du Comtois puis de L'Est Républicain, devient le véritable premier quotidien régional. Cette presse, accessible au plus grand nombre grâce à un coût peu élevé, permet l'élévation du niveau d'instruction générale.

Le XIXe siècle et ses grandes avancées techniques offrent de nouveaux outils de communication que Besançon s’empresse de développer. Les bureaux de poste se multiplient. Le télégraphe électrique arrive en 1850. A la fin du siècle, le téléphone se substitue progressivement à ce dernier.

 


Au cours du XIXe siècle, le contrôle gouvernemental sur les associations s'assouplit et les premières sociétés de loisirs apparaissent dans la capitale comtoise. En 1901, la loi sur la liberté d'association a pour conséquence leur multiplication et leur diversité. Comme les autres villes importantes, Besançon offre à sa population de nombreuses possibilités de se distraire et de se cultiver : le théâtre, une bibliothèque municipale, une bibliothèque populaire, un musée, une salle de spectacle (Kursaal) et un établissement de jeux (casino). C'est aussi en ville qu'on peut assister aux nouvelles inventions, telles les premières projections cinématographiques.

 


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