L'Art de bien bâtir

Les dix ans de l’inscription de la citadelle à l’Unesco donne l’occasion d’ouvrir la bibliothèque de Pierre Adrien Pâris et de plonger dans les ouvrages d’architecture. L’architecture antique est évidemment la grande référence de l’architecture classique et les grands classiques des livres d’architecture sont dans cette collection.​


De l’architecture antique à l’architecture classique

Pierre Adrien Pâris, élève de Louis-François Trouard, a la possibilité de partir étudier à Rome de 1772 à 1774. Il possède les dix livres d’architecture de Vitruve, un architecte romain du 1e siècle, connu pour ses écrits traduits en plusieurs langues à la Renaissance et en français, par l’architecte Claude Perrault, frère de l’écrivain.​ Vitruve évoque dans son livre, les ordres dorique, ionique et corinthien​ et leurs proportions.

Pierre Adrien Pâris possède aussi Architecture de Palladio, La Haye, 1726​. L'architecte italien (1508-1580) se réfère à Vitruve.


A la Renaissance, les architectes humanistes utilisent l'imprimerie pour diffuser leurs écrits en Europe.

Philibert De l'Orme (1514-1570) est un théoricien de l'architecture dont les écrits ont eu une grande importance dans l'histoire de l'architecture française.​ Pierre Adrien Pâris possède plusieurs éditions de son ouvrage, qui contient une gravure de l'allégorie du bon architecte, représenté avec des mains doubles, des ailes aux pieds et un oeil sur le front.



Le Traité des cinq ordres d'Architecture, de Jacques Barrosio de Vignole​ (1507-1573), publié en 1562, exerce une influence, particulièrement sur l'art français​. Pâris en possède une édition de 1715, ainsi que l'Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des anciens par Perrault, Paris : J.-B. Coignard, 1683 et Recueil élémentaire d'architecture, contenant plusieurs études des ordres d'architecture, différents entre-colonnements pour l'ordonnance des façades, diverses décorations intérieures et extérieures, etc., composé et gravé par Jean-François de Neufforge (1714-1791), Paris, 1757-1768.

L'architecte de l'hôtel particulier d'Arboulin de Richebourg utilise tout ce vocabulaire des ordres architecturaux dans ses constructions.


Malgré la Révolution Française, l’architecture antique reste le grand modèle de l'architecture néo-classique. Percier et Fontaine, puis Ledoux en 1804 publient alors des ouvrages qui marquent leur époque.​ Dans ce livre de Percier et Fontaine, des vues de la cour du Palais Massimo (16e siècle), que Pâris a représenté​.

Les fortifications

Quelques livres sur l'art de la fortification sont conservés à la bibliothèque. Ils ne sont toutefois pas dans la collection Pierre-Adrien Pâris. L'art de la poliorcétique (assiéger les villes) est en effet très développé ; de Jean Errard au marquis d'Asfeld et évidemment Vauban.


Dans ces ouvrages, de nombreux plans de villes fortifiées et protégées par des citadelles. Les ingénieurs recherchent la perfection des plans en étoile et étudient autant la défense des places que leur attaque. Les pages de titres ou les frontispices (avant le titre) sont enrichis de belles gravures sur cuivre.


Le fronton sur le frontispice de cet ouvrage du chevalier Antoine de Ville est surmonté de trois divinités romaines, Jupiter avec son sceptre, l'aigle tenant des éclairs dans son bec, Mars le Dieu de la guerre et Saturne avec le sablier et la faucille.


Dans les collections, un ouvrage en Allemand de Jean Errard (1554-1610). Cet architecte et ingénieur militaire, au service des ducs de Lorraine puis de Henri IV  est un des précurseurs de Vauban. Errard est le premier à appliquer en France, le principe de la fortification bastionnée.​

Et bien sûr, le livre de Vauban De l'attaque et de la défense des places,... [Tome premier] : Tome second contenant un traité pratique des mines par le même ; et un autre de la guerre en général, par un officier de distinction. A La Haye : chez Pierre de Hondt, 1737-1742​ est aussi conservé à la bibliothèque.


Les termes et les pages de titres

Oeuvre de la diversité des termes, dont on use en architecture, réduict en ordre, par maistre Hugues Sambin,... : par Jean Durant , 1572. Le terme est une statue reliée à un piedestal. Hugues Sambin est l'architecte du palais de justice de Besançon. Il était aussi ébeniste et sculpteur.


On retrouve des termes dans les livres d'Alberti, de Serlio ou Palladio. L'architecture est humanisée : la porte comme une bouche, l'oeil comme une fenêtre. Les proportions humaines sont étudiées en rapport avec l'architecture. Et dans le même temps, la page du titre du livre est construite comme une entrée. Du 16e au 17e siècle, les livres reprennent les mêmes codes. 


Petitot fait paraître un recueil de gravures à Parme en 1771. Il témoigne avec humour de la mode pour "le néo-classicisme appelé alors le "goût grec" selon un vocable qui trahissait un hellénisme de grande fantaisie" (A. Pradère). Les neuf planches sont gravées à l’eau-forte par Benigno Bossi ; les dessins sont l’œuvre d’Ennemond-Alexandre Petitot, architecte et ornemaniste français installé à Parme.​


Pierre-Adrien Pâris possède dans sa bibliothèque le mémoire de son contemporain Etienne-Louis Boullée (1728-1799)​, Mémoire sur les moyens de procurer à la bibliothèque du roi les avantages que ce monument exige [Paris, Cellot, 1785]


Par contre, il n'a pas possédé le célèbre livre L'architecture considérée sous le rapport de l'art, des moeurs et de la législation : premier volume (seul publié) contenant des vues d'édifices construits ou commencés depuis 1768 jusqu'en 1789 par C.-N. Ledoux, Paris : [s. n. ?], 1804​. Ce livre est entré plus tardivement dans les collections de la bibliothèque. Claude Nicolas Ledoux est l'auteur des Salines d'Arc et Senans et du théâtre de Besançon.


Pour prolonger la visite :

Architectura : LES LIVRES D’ARCHITECTURE Manuscrits et imprimés publiés en France, écrits ou traduits en français (XVIe siècle - XVIIe siècle) .Direction Fredéric Lemerle.

 

Toute la collection Pierre-Adrien Pâris