Un hôtel particulier parisien

Plan de la propriété, avec le jardin

Jean-Baptiste Arboulin de Richebourg est né à Pondichéry en 1740. Il doit sa fortune à son office d'administrateur des Postes par survivance de son oncle Jean Potentien Darboulin. Il réside dans son bel hôtel particulier,​ rue de Courcelles à Paris. L'architecte bisontin, Pierre Adrien Pâris travaille pour quelques clients du monde des finances ou des affaires ; il construit cette demeure raffinée pour son vieil ami Arboulin. L’achat de terrains rue de Courcelles a lieu dès 1781, le chantier est achevé en 1790.


Jean-Baptiste Arboulin de Richebourg (1740-1819)

Plan du rez-de-chaussée

Cet hôtel particulier a été détruit. Seuls subsistent, dans les collections de la bibliothèque de Besançon, les dessins aquarellés de Pierre-Adrien Pâris et ses notes : « Plans, élévations, et coupes d’un Hôtel que j’ai fait construire à Paris pour Mr de Richebourg Intendant des postes, et j’ose dire mon ami. Tout a été exécuté comme on le voit ici ; mais des frayeurs causées par la Révolution engagèrent à changer la façade sur la rue, la bibliothèque, le billard et un cabinet d’histoire naturelle. (...)


Plan de la propriété, avec le jardin

(...) On avoit acquis deux petites maisons adjacentes avec leurs terreins, dont je me suis servi pour ajouter à cette habitation, une vacherie, une laiterie, un jardin fleuriste et une orangerie. Un jardin potager, une basse-cour, poulailler, pigeonnier, volière, glacière et lui donnaient tous les agréments d’une campagne, tandis qu’un moulin à vent d’une décoration pittoresque fournissoit l’eau à la rivière du jardin et à tous les bâtiments de cette demeure que malgré bien des contraintes j’avais soigné comme celle de l’amitié. »​​


Plan des dépendances

Sur le plan du rez-de-chaussée​ apparaissent les écuries, les garages des voitures et les pièces de service. Bien sûr, les pièces nobles de cet hôtel ont une grande importance comme la salle à manger d’été et le grand salon qui donne sur le jardin dans un hémicycle en saillie, geste architectural à la mode au XVIIIe siècle.


Plans des toitures

Sur le plan des toitures, des dessins superposés (les papiers de retombe) dévoilent la verrière de la bibliothèque et les nombreuses chambres des serviteurs éclairées par les toits. La bibliothèque et la salle de billard se situent un étage en-dessous.


Elévations des façades sur rue et sur cour

Les enfilades du rez-de-chaussée sont marquées par des lignes rouges en pointillées. Le cabinet de toilette et les salles de bains avec baignoire se trouvent côté jardin. A l’étage, dans les dépendances, il y a encore de nombreuses chambres de service. Un mur barre la rue et l’hôtel particulier se trouve en fond de cour. ​​La façade sur rue évolue lors de la construction à cause des frayeurs causées par la Révolution.​


Elévation de la façade sur cour du corps de logis principal

La façade néo-classique sur cour est sobre, ornée d’une porte en arc cintrée, surmontée d’un balcon et encadrée de deux sculptures. Une chambre apparaît, dotée simplement d’un lit à baldaquin. C’est un espace petit et bas de plafond, un volume facile à chauffer.​


Elévation de la façade sur le jardin

Les fenêtres du rez-de-chaussée, côté jardin, sont cintrées alors que les linteaux à l’étage, sont plats. La façade côté jardin est ornée de pots alignés, à la façon de l'orangerie.


Elévation et coupes

Dans un autre dossier, on retrouve un croquis plus technique, la charpente de cette demeure, complexe avec sa coupole. On découvre aussi les fondations semi-enterrées.​


La salle à manger d'été

La salle à manger d'été est la pièce la plus étonnante de cet hôtel particulier. Le sol et le plafond sont représentés ainsi que les décors des alvéoles. Ces fresques rappellent les pièces de théâtre décorées par Pierre-Adrien Paris. Le motif du temple dans un jardin revient en effet chez cet architecte qui a étudié à Rome, de nombreuses années.​


La salle à manger d'été : élévation

Le décor de cette salle à manger sous verrière est luxueux comme un jardin intérieur. Les sculptures sont posées sur des pieds en marbres sculptés. De nombreux vases, guirlandes et putti enchantent ce lieu où les cinq sens sont charmés. Une fontaine se déverse en cascade dans des vasques.​ La verrière zénithale baigne cette pièce de lumière. L'architecte laisse le soin au cuisinier de flatter le goût, l'odorat et le toucher. Pierre Adrien Pâris s'inspire ici des décors proposés au Roi et à la Reine pour les fêtes données à Versailles.


La bibliothèque : coupe et plan

La bibliothèque est à l’étage. En légende, Pâris indique de « choisir un taffetas bleu clair destiné à cacher les châssis vitrés. » On retrouve l'architecte des menus plaisirs, spécialistes des décors de théâtre, comme l’Amant sylphe joué à Fontainebleau.​


Dessins de détails

Dans ces détails, on trouve la table de billard et des banquettes similaires aux décors du Dormeur éveillé. Le salon de billard est à l'étage de la bibliothèque, près d’une pièce dotée d’une abside, probablement une chapelle.​


Mathilde Bonaparte (1820-1904)

La salle à manger de la Princesse Mathilde, par Sébastien Charles Giraud. Château de Compiègne.

Il n’y a pas de représentations connues d’Arboulin chez lui, son hôtel est saisi en 1817 et il décède en 1819. Pierre Ier du Brésil puis Marie-Christine de Bourbon-Sicile (1806-1878) y demeurent successivement. En 1857, il devient l’hôtel particulier de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III. Cet hôtel particulier est alors très représenté, comme sur ce tableau de Giraud. Sous le tapis de la salle à manger, on devine le carrelage dessiné par Pierre-Adrien Pâris. 


Réception de la Princesse Mathilde. - Concert dans la grande serre : [estampe]

Les chapiteaux correspondent à la salle à manger selon les plans de Pâris.​​ La pièce est alors appellée "grande serre".


Le salon de la Princesse Mathilde, en 1859. Par Sébastien Charles Giraud. Château de Compiègne.

La bibliothèque de Besançon ne conserve pas d’élévation du grand salon et ce tableau permet d’en comprendre l’aménagement. Le décor de toutes les pièces, nous est connu par les tableaux de Charles Giraud. Lisez l'étude du tableau sur le site Histoire image.


Réception de S. A. I. la Princesse Mathilde. Le salon de conversation : [estampe]

Le peintre Auguste Anastasi a fidèlement reproduit un salon de conversation, un soir de réception, dans un reportage paru dans "L’Illustration" en 1867​.

 

A consulter : la thèse de doctorat de Pierre Pinon : Pierre-Adrien Pâris architecte (1745-1819) ou l'archéologie malgré soi, vol. 1, Univ. Paris IV, 1997, cote BM Etude 78119.