De Vouet à Watteau

Un siècle de dessin français, Chefs-d'oeuvre du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon.


Le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon conserve une collection de près de quatre cents dessins français du XVIIème siècle particulièrement représentative des principales tendances artistiques de l’époque. La pratique du dessin se généralise alors.

Simon Vouet, Zéphyr

Plus que jamais, il est la base de l’apprentissage artistique et l’outil commun à tous les arts (peinture, sculpture, architecture mais aussi arts décoratifs). Avec la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, l’enseignement se codifie. L’apprenti copie d’abord les maîtres et l’antique (les œuvres en deux dimensions, puis les reliefs), et ensuite seulement peut-il travailler d’après le modèle vivant. Les publications théoriques sur le sujet se multiplient aussi. Enfin les dessins sont de plus en plus collectionnés et donc de mieux en mieux conservés.


Simon Vouet, Etude de moine vu à mi-corps, tourné vers la gauche

C’est avec la figure majeure de Simon Vouet que s’ouvre l’exposition. D’origine parisienne, Vouet séjourne plus d’une dizaine d’années à Rome où il connaît un grand succès. Après avoir adopté les formules caravagesques, il se tourne vers le grand décor et adopte les codes du baroque romain de Pierre de Cortone et de Lanfranco. Il triomphe en 1624 lorsqu’il obtient la commande d’une fresque pour Saint-Pierre de Rome. Si la date de son retour en France (1627) a été abusivement considérée comme la naissance de l’école française de peinture, Vouet joua bien un rôle fondamental en proposant un renouvellement du langage artistique qui s’imposa à Paris durant les années 1630 et 1640 notamment grâce à son atelier où se succédèrent de très nombreux artistes appelés à jouer un grand rôle par la suite. Il propose une peinture pleine de sensualité et de lyrisme, aux formes larges et gracieuses. Son activité à Paris est considérable. Plusieurs dessins témoignent de ses travaux pour les plus grands personnages du royaume, pour les souverains étrangers, ou encore son activité de peintre religieux comme ce Buste de religieux, étude pour Saint Merry libérant les prisonniers.


Eustache Le Sueur, Alexandre et le médecin Philippe

Eustache Le Sueur travailla une dizaine d’années dans l’atelier de Vouet avant d’entreprendre une carrière indépendante. L’ampleur de ses figures, qu’il étudie à la pierre noire rehaussée de blanc, témoigne bien de sa dette envers Vouet. Dans les années 1640, son œuvre évolue vers une plus grande sobriété et vers plus de solennité comme en témoigne Alexandre et le médecin Philippe. Cette évolution personnelle de Le Sueur est l’écho d’une tendance plus générale : aux formules de Vouet, qui apparaissent peu à peu démodées, succède l’atticisme parisien, un art plein de retenue, caractérisé par une recherche d’équilibre et de mesure, qui prend sa source chez Nicolas Poussin, mais qui est aussi tributaire du goût pour l’antique et pour les œuvres de Raphaël de plus en plus diffusées par la gravure. Plusieurs peintres, comme Nicolas Chaperon, François Perrier, Laurent de la Hyre, passeront ainsi d’un modèle à l’autre.


Nicolas Poussin, L'Enlèvement des Sabines

Nicolas Poussin, originaire de Normandie, s’installe à Rome en 1624 et il y demeure sa vie durant, à l’exception d’un séjour parisien entre 1640 et 1642. Il travaille pour une clientèle d’amateurs italiens et français (Cassiano dal Pozzo, Paul Fréart de Chantelou, Francesco Barberini etc.) et peint principalement des tableaux de chevalet, aux thèmes religieux, historiques, ou mythologiques, composés avec un soin extrême. S’il s’inspire des modèles vénitiens et bolonais à ses débuts, l’antique et Raphaël deviennent rapidement ses sources principales. Il compose souvent plusieurs œuvres sur le même sujet, comme pour l’Enlèvement des Sabines, à la recherche de la construction la plus pertinente et la plus équilibrée. À Rome, plusieurs artistes français le rencontrent et s’en inspirent. C’est le cas de Jean Lemaire qui habita un temps chez Poussin et qui se spécialisa dans le paysage de ruines antiques. Ses dessins au lavis conservés à Besançon, et celui de Charles Alphonse Dufresnoy, montrent qu’ils ont intégré la leçon de Poussin ; ils étaient d’ailleurs attribués à ce dernier lors de leur entrée au musée.


Charles Le Brun, Etude préparatoire pour la Portière des Renommées

La fondation de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648 contribue à imposer durablement le classicisme en France. La peinture française est dominée jusqu’aux années 1680 par la figure de Charles Le Brun. Élève de Simon Vouet, il a bénéficié tôt de la protection du chancelier Séguier qui lui a permis de séjourner à Rome quelques années. Lorsqu’il rentre en France en 1646, il ne tarde guère à s’imposer et il fait partie des fondateurs de l’Académie. Ses dessins bisontins ne reflètent guère ses décors des années 1640-1650 pour les hôtels parisiens, mais une feuille étonnante, projet pour une tapisserie, témoigne de ses travaux pour Vaux-le-Vicomte. Dans l’écu central, l’écureuil, arme des Fouquet, a été repassé par la couleuvre des Colbert. En effet, à la chute du surintendant en 1661, Le Brun passe au service de Colbert et du roi.


Charles Le brun, Aigle ou rapace aux ailes déployées

En 1663, Le Brun est nommé directeur de la manufacture des Gobelins, puis premier peintre du roi en 1664. Pendant vingt ans, il conçoit les décors des palais royaux, et en particulier ceux de Versailles : escalier des ambassadeurs, Grande galerie, Salons de la Guerre et de la Paix. Il donne aussi des dessins pour les sculptures et les fontaines comme en témoigne l’Aigle de Besançon. L’art est désormais au service de la glorification du roi, et le « grand style » se caractérise par sa clarté et sa monumentalité. Le Brun dirige sur ces grands chantiers des équipes entières de peintres et d’artisans. Plusieurs de ces artistes développent un style très inspiré de Le Brun et ils auront aussi une carrière personnelle.


Antoine Watteau, Parade foraine

Dès 1671, cependant, la querelle du coloris qui agite l’Académie révèle une réaction à l’art officiel. Le débat oppose les partisans du dessin, les poussinistes, et les défenseurs de la couleur, les rubénistes. Dans les années 1680, après la mort de Le Brun, la nouvelle génération assure un renouvellement des arts et le triomphe de la couleur. Les anciens assistants de Le Brun mêlent sa leçon aux nouveaux modèles en vogue : les peintres vénitiens du XVIème siècle (Titien et Véronèse), mais aussi Corrège et Rubens. Charles de La Fosse incarne cette transition vers un art plus sensuel et plus aimable. À la fin de sa vie, La Fosse fréquente Watteau et d’autres jeunes artistes qui s’engagent dans la voie qu’il a contribué à ouvrir. C’est le début d’une ère nouvelle que l’on découvre dans les feuilles de Watteau, notamment dans Les Comédiens, scène de rue que l’artiste pourrait avoir dessinée sur le vif.


Hyacinthe Rigaud, Etude de draperies

La collection du musée de Besançon permet aussi de présenter l’évolution des genres du portrait et du paysage au XVIIème siècle. Quelques-uns des plus grands portraitistes du XVIIème siècle sont représentés dans l’exposition notamment Hyacinthe Rigaud avec une très belle étude de draperies pour un Portrait de Louis XV (1730). Dans ces dessins, toute la variété de ce genre, tantôt intime, tantôt officiel, voire grandiloquent, se manifeste. De même pour le paysage, la collection bisontine permet de découvrir les spécificités des artistes français installés à Rome – avec par exemple Claude Gellée dit le Lorrain qui se plaisait à dessiner sur le motif -, mais aussi les larges vues à la saveur toute nordique d’Adam Frans Van der Meulen chargé de représenter les villes conquises par Louis XIV qu’il accompagnait durant les campagnes militaires.