Un riche patrimoine

Le legs Boisot

En 1694, Jean-Baptiste Boisot lègue ses collections à l'abbaye de Saint-Vincent, à condition qu'elles soient mises à la disposition du public selon des jours et horaires réguliers, sous contrôle de la Ville et des religieux, et que des crédits réguliers soient affectés à l'acquisition de livres correspondant aux besoins de " toutes sortes de personnes ". L'inventaire, dressé dès 1695, fait état de collections numismatiques, de centaines de livres et manuscrits et d'œuvres d'art. Ces dernières, qui sont à l'origine du musée de Besançon, ont formé la première collection muséographique comtoise. Il s'agit davantage d'une bibliothèque que d'un musée, où les ouvrages s'accompagnent de peintures, sculptures et médailles. La collection comprend 246 manuscrits, 2 247 volumes imprimés, 2 300 médailles, 11 tableaux et 4 sculptures. Ouverte au public à partir de 1696, elle fonctionne selon les conditions souhaitées par son fondateur, grâce à une rente qu'il avait constituée.


Les collections Granvelle

Les ouvrages et œuvres d'art réunis par Jean-Baptiste Boisot, abbé de Saint-Vincent sont issus de plusieurs origines, mais une grande partie provient des prestigieuses collections ayant appartenu à Nicolas de Granvelle et à son fils Antoine, hommes politiques, mécènes, grands collectionneurs. Cette magnifique collection eût été totalement dispersée par les héritiers de Granvelle si Boisot n'avait cherché à la réunir et n'avait acquis en 1664 une grande part de cet ensemble. Né à Besançon, premier ministre de Philippe II, Antoine de Granvelle (1517-1586), grand homme d'État, s'entourait d'artistes et d'écrivains et collectionnait les objets d'art de toutes sortes. Bibliophile célèbre, ce prélat avait réuni une très belle bibliothèque, reflet de sa considérable activité. Ouverte au public le 7 juillet 1696, la bibliothèque ne cesse de s'enrichir. La Révolution " met sous la main de la nation " le fonds d’origine, aux côtés de ceux des autres monastères, des émigrés et des corporations (Académie, Université...). En 1803, l'État les confie à la Ville de Besançon, pour les mettre à disposition du public. Au XIXe siècle, la bibliothèque reçoit également la gestion des Archives communales.


Les dons, legs et achats qui sont faits à la bibliothèque l'enrichissent de pièces majeures. Parmi ceux-ci, celui de Pierre-Adrien Pâris (1745-1818) est l'un des plus importants. Architecte et dessinateur de Louis XVI, il lègue à sa ville natale l'ensemble de son cabinet, d'un goût raffiné : tableaux, dessins, antiquités et livres, d'une très grande richesse.


Un ex-libris

À la suite des lois de séparation de l'Église et de l'État en 1905, le fonds de l'archevêché lui échoit, avec les ouvrages réunis par le cardinal Mathieu. Seule la création du musée en 1843 amène à retirer des collections de la bibliothèque une partie des tableaux, sculptures, objets d'art et d'archéologie qui s'y trouvaient pour certains depuis l'origine. Les conservateurs qui s'y succèdent ne cessent d'accroître les collections et la bibliothèque continue à accueillir des dons et legs importants, comme ceux de Jean Petit, sculpteur, d'Alfred Ducat, architecte, de Jules Grenier, peintre, et de Charles Clerc, bibliophile


Pierre-Joseph Proudhon

Proudhon

En 1965, les petites filles de Pierre-Joseph Proudhon donnent à la bibliothèque l'ensemble des manuscrits et de la correspondance du théoricien socialiste, ce qui enrichit considérablement ses collections. D’autres dons sont entrés récemment : les manuscrits de l’écrivain Pierre Gascar, les dessins d’architecture de Marcel et Maurice Boutterin ; en 2003, la veuve de George Besson a confié au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, qui l’a déposé à la bibliothèque, l’ensemble de la correspondance reçue par son époux (lettres de Matisse, Signac, Bonnard, Aragon, Maillol, Ravel..). À côté des dons et des legs, la bibliothèque achète des livres et documents : ouvrages de recherche, d'érudition, de culture générale, documents rares et précieux, et plus particulièrement ceux d'intérêt régional qui permettent au public, dans tous les domaines, de poursuivre des recherches.


Le bâtiment, les architectes et les conservateurs

La donation Boisot, au cours des siècles, ne cesse de s'enrichir. Au début du XIXe siècle, manuscrits et ouvrages imprimés trouvent place dans le premier bâtiment en France construit pour accueillir une bibliothèque publique.


Sous l'Ancien Régime, le fonds de la bibliothèque se trouve à l'abbaye bénédictine de Saint-Vincent (actuelle rue Mégevand), à l'emplacement occupé de nos jours par la Faculté des Lettres. “ En bas de leur maison ” les Bénédictins installent une salle pour la bibliothèque, dont l'une des fenêtres donne “ sur la place devant l'église ”. Nous ne savons rien de plus quant à son emplacement : les plans de l'abbaye ne donnent pas de précisions. À la Révolution, l'Assemblée Nationale désigne les livres comme objets à conserver et à mettre à disposition de la nation. Les collections sont alors réunies dans des “dépôts littéraires” qui comprennent tous les livres confisqués. À Besançon, le dépôt est installé dans la maison des Grands Carmes (à l'angle des actuelles Grande-Rue et rue de la Préfecture). L'organisation des bibliothèques se confond ensuite avec celle des Écoles Centrales, créées en 1795. Des livres sont choisis dans le dépôt littéraire pour l'École Centrale, dont la bibliothèque ouvre ses portes en 1797. En 1802, les lycées remplacent les Écoles Centrales, il faut donc trouver d'autres lieux de dépôt pour les livres. Ce sont les greniers de la ville, place Neuve (actuelle place de la Révolution) pour les livres et tableaux et l'hôtel de ville pour les documents les plus précieux : manuscrits, sculptures, livres rares… Le 7 pluviôse an XI (28 janvier 1803), les livres provenant des dépôts littéraires sont remis aux soins des villes. Pour accueillir la bibliothèque, on décide d'utiliser l'emplacement du collège des Granvelle, fondé par le cardinal en 1549 et confié aux religieux de l'Oratoire qui desservaient l'église Saint-Maurice proche. À partir de 1808, sur des plans de l'architecte Denis Lapret, élève de Pierre-Adrien Pâris, puis sur des plans de Marnotte, est construit le premier bâtiment en France spécialement conçu pour être une bibliothèque publique. L’édifice est achevé en 1817; on y installe meubles et livres et la bibliothèque ouvre au public le lundi 27 avril 1818. La construction, qui sera augmentée à plusieurs reprises, jusqu'en 1839, présente quatre corps de bâtiments autour d’une cour centrale. De 1947 à 1987, les deux anciennes grandes salles de lecture sont aménagées en magasins de livres.


plans de la bibliothèque en 1805

Issu d'une famille de sculpteurs et de menuisiers, Denis-Philibert Lapret (1761-1821) est l'élève de Nicolas Nicole et le disciple et ami de Pierre-Adrien Pâris. Architecte-contrôleur de la ville de Besançon, on compte parmi ses travaux un projet pour la construction des quais d'Arènes et de Battant, le plan de la chapelle Saint Vernier à l'église Sainte-Madeleine (1787) ainsi que les plans de l'école de dessin, de la halle, des haras, la restauration de l'église Notre-Dame et celle du chœur de l'église Saint-Pierre en 1810. Il réalise les plans de la bibliothèque en 1805. Formé à Dijon puis à Paris, Marnotte est à Marseille et à Lyon avant de s'installer à Besançon où il travaille pour une clientèle privée. Il est nommé architecte de la ville en 1823 et dirige à ce titre la voirie et la gestion des bâtiments communaux. Sa première réalisation importante est la restauration de la Porte Noire, qui assoit sa réputation. En 1832, il remporte le concours pour le bâtiment qui deviendra l'actuel musée des Beaux-Arts et d'Archéologie et édifie en 1869 la synagogue, remarquable par un parti stylistique original inspiré de l'Orient. Il mène à leur terme les travaux de Lapret après le décès de ce dernier et réalise les aménagements intérieurs de la bibliothèque.


Auguste Castan (1844-1892)

Claude Louis Coste (1762-1834) commence une carrière d'avocat avant d'être nommé procureur de la commune de Besançon puis bibliothécaire de l'École Centrale dès sa création. Il y fait preuve d'une activité considérable et convainc la Ville de procéder aux travaux d'un bâtiment conçu spécialement pour être une bibliothèque publique. De 1798 à 1800, il a pour adjoint Charles Nodier. Historien, Charles Weiss (1779-1866) publie les papiers d'État des Granvelle : lettres de Charles Quint, de Philippe II, rapports des ambassadeurs, transmis aux cours d'Europe. Protecteur des artistes et des écrivains comtois, il est ami d'enfance de Charles Nodier et a été bibliothécaire de la ville de 1811 jusqu'à sa mort. Sous son impulsion, la bibliothèque se développe considérablement, passant de 50 000 à 130 000 volumes. Après des études à l'école des Chartes, Auguste Castan (1844-1892) devient l'adjoint de Charles Weiss en 1855, puis bibliothécaire en 1866. Historien, archéologue, il entreprend l'étude des édifices romains de la ville et fouille en 1870 le site baptisé en 1898 square Castan, qu'il pense être le théâtre antique de Besançon. Il publie des travaux scientifiques sur les fonds de la bibliothèque (le catalogue des manuscrits et celui des incunables notamment) et se consacre à son organisation et à son fonctionnement, ainsi qu'à l'accroissement des collections.


Le livre le plus ancien est le Liber de natura rerum d'Isidore de Séville (fin VIIIe siècle). Les manuscrits médiévaux remarquables sont très nombreux : le Psautier de Bonmont exécuté dans une abbaye cistercienne au XIIIe siècle, les Traités philosophiques et moraux enluminés pour le roi Charles V en 1372, les Chroniques de Froissart dans une version importante pour l'élaboration du texte, au XVe siècle, les Œuvres de saint Denis l'Aéropagite réalisées à Florence pour le roi de Hongrie Mathias Corvin, de nombreux livres d'heures du XVe siècle, ainsi que des livres liturgiques du Xe au XVe siècle. Les papiers d'État du cardinal de Granvelle occupent quatre-vingt volumes. Les collections conservent d’autres types de manuscrits : documents littéraires, historiques ou scientifiques, correspondances, autographes (jusqu'au XXe siècle), et un fonds de partitions musicales manuscrites où l'on trouve des œuvres de Lully.


Incunables Ouvrages datant du début de l’imprimerie, avant 1501

Dans cette collection se trouvent en particulier le Rationale divinorum officiorum réalisé à Mayence par les collaborateurs de Gutenberg (1459) et le premier livre imprimé en France, les Lettres de Gasparin de Bergame (1470). Les incunables illustrés ou très rares (premières impressions comtoises) y sont nombreux. Outre deux éditions uniques de Rabelais, on trouve le Tewrdannck de Pfintzing imprimé sur vélin, la Promesse de Ronsard avec une dédicace de l'auteur et de très nombreuses éditions originales du XIXe siècle réunies par Charles Weiss.


Le plus célèbre parmis les livres rares est le Livre d'heures de l'empereur Maximilien, donné à Granvelle par Charles Quint (la première partie en est conservée à la Staatsbibliothek de Munich). Les marges en sont ornées de dessins originaux à la plume réalisés sous la direction d'Albrecht Dürer par Hans Burgkmair, Hans Baldung Grien, Albrecht Altdorfer... On découvre également à Besançon les travaux des grands illustrateurs du XVIe au XXe siècle : Geoffroy Tory, Hans Holbein, Jacques Callot, Sébastien Leclerc, Jean-Baptiste Oudry, François Boucher, Tony Johannot, Jean Gigoux, Grandville, Gustave Doré, Gavarni, Célestin Nanteuil, Mathurin Méheut, Maurice de Vlaminck... Dans les collections d'ouvrages de bibliophilie du XXe siècle, sont à signaler les publications des Bibliophiles Comtois.


Le fonds de reliures doit beaucoup aux collections d’Antoine de Granvelle.  S’y ajoutent plus de 400 reliures à décor ou armoriées des XVIe , XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que pour le XIXe siècle des reliures romantiques et pour le XXe siècle, quelques reliures rares.

Le fonds de gravures et surtout de dessins est d'une extraordinaire richesse. S'il comporte des dessins de Hubert Gravelot, de Jean-Michel Moreau le Jeune, de Jules Grenier, de Gaston Coindre, c'est surtout à la collection de Pierre-Adrien Pâris (plus de 3 000 dessins) qu'il doit sa célébrité : à côté de ses propres œuvres et de ses études d'architecture, Pâris a réuni un exceptionnel ensemble de dessins d'Hubert Robert (dont 100 contre-épreuves), Jean-Honoré Fragonard, François Boucher, François-André Vincent... dont certains sont en dépôt au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie.


Par l'acquisition de collections du docteur Roland, érudit comtois, le fonds de cartes et de plans de la bibliothèque s'est beaucoup accru. Il est très complet pour la Franche-Comté, mais concerne le monde entier : planisphères, cartes anciennes, cartes modernes, vues de villes...


Le fonds des monnaies et médailles est composé d'une belle collection grecque, gauloise, romaine et des divers monnayages européens. La Franche-Comté y est largement représentée.


Fonds régional

Le fonds régional, régulièrement enrichi, constitué de manuscrits (ainsi ceux réunis par Charles Duvernoy, historien du XIXe siècle, sur l’histoire de Montbéliard), de livres contemporains et anciens, de périodiques, de dessins, de monnaies, de cartes et de plans, se veut exhaustif sur la Franche-Comté. La base bibliographique comtoise, accessible à partir du catalogue informatisé des bibliothèques regroupe plus de 48 000 références : ouvrages et articles portant sur la Franche-Comté présents dans les bibliothèques municipales ou universitaires.


Dépôt légal

Pôle associé de la Bibliothèque Nationale de France, la bibliothèque municipale reçoit depuis 1956 le dépôt légal des imprimeurs des quatre départements de Franche-Comté. Elle assure la collecte et la conservation de ce fonds très varié (monographies, brochures, périodiques, tracts, affiches, cartes postales, plans...) ainsi que sa diffusion par l'intermédiaire de son catalogue.


Les archives

Ce service conserve les archives de la Ville de Besançon depuis 1290, constituées des documents produits par les services de la commune. Très divers (registres paroissiaux puis d'état civil, budgets et comptes, dossiers techniques de bâtiments, etc...) ils permettent de retracer l'histoire de la ville.


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Laissez-vous conter la bibliothèque d’étude et de conservation en pdf.  Textes MH Atallah