Monstres de foire

chien cyclope

La femme à barbe de la fête foraine ne date pas d’hier. Regnault publie en 1775 Les Ecarts de la nature, qui montre plusieurs malformations humaines ou animales, qu’on appelle des «monstruosités». Certaines sont exhibées comme bêtes de foires à Paris en 1775, d’autres font partie des collections des chirurgiens. Pour ce chien cyclope conservé au cabinet du Roi, «toute la monstruosité de l’animal est dans la tête».


le petit Pépin

 

Le petit Pépin
« Le petit Pépin, exposé en spectacle à Paris en 1757 et 1758. Ce petit être que l’auteur a vu vivant et que tout Paris a pu voir (…) était vêtu à la manière turque et s’escrimait avec son petit cimeterre pour amuser les spectateurs. »

Au XVIIIe siècle, la foire Saint-Germain (à Saint-Germain-des-Prés) dure du 3 février au dimanche de Pâques. La foire Saint-Laurent (à Saint-Lazare) dure du 9 août au 29 septembre.

Les monstres, les marionnettes et la pantomime voisinent avec le théâtre « de boulevard ». Les comédiens forains y jouent depuis la fin du XVIe siècle ; ils sont installés rue Guénégaud le reste de l’année. A la fin du XVIIIe siècle, le Boulevard du Temple devient le lieu de regroupement des ces spectacles, avec Nicolet et Audinot (1769, Ambigu-Comique).

 


la vache à cinq pieds

 

Vache à cinq pieds
Cette vache à cinq pieds « a été vue à Paris en 1745, elle avait une tumeur à sa 5e jambe, à laquelle on avait donné par un grossier artifice la figure d’une tête d’homme. »

Voici l’annonce qui servait à attirer les spectateurs : « Messieurs et dames, il est arrivé en cette ville une vache sans pareille et qui n’a jamais paru. Elle vient de l’Amérique et est âgée de 26 ans. Elle est née ayant deux têtes et 5 jambes. L’une de ses têtes ressemble à un homme vivant dont les cheveux sont blancs comme neige et la barbe noire qu’on rase tous les huit jours comme un homme (…). C’est à la foire Saint-Germain, rue Traverse. » [1]

 


enfant à deux têtes

 

Enfant à deux têtes
« Enfant à deux têtes, tiré du cabinet de M. de Leurye, chirurgien au Châtelet de Paris. Il est né avant terme et n’a point vécu. »

Les chirurgiens de l’époque conservent ces enfants malformés, souvent mort-nés, pour les étudier scientifiquement.
Voici comment les auteurs décrivent leur livre dans le Mercure de France de 1775 : « Les monstruosités les mieux caractérisées formeront cette collection, et l’on n’y rencontrera point de ces monstres merveilleux, enfants de l’imagination, que l’ignorance adopte et que la crédulité propage. Chaque objet est marqué au coin de la vérité et l’on cite, au bas des planches, les sources où l’on a puisé, comme les Cabinets ou autres, de manière que chacun pourra s’assurer de l’existence des sujets. » [2]

 


Les Ecarts de la nature

 

Les Ecarts de la nature
« Les Sieur et Dame Regnault, auteurs de la Botanique mise à portée de tout le monde », publient ce livre en visant plus un public de curieux que de scientifiques. Ils réalisent les illustrations, gravées puis coloriées à la main. Le livre est en fait un recueil de gravures, qui est enrichi d’une introduction scientifique écrite à la main.

Toujours dans le Mercure de France : « On a cherché, dans cet ouvrage, à effacer les rides imprimées par le temps ; et les monstres sont représentés, non dans l’état où les a réduits la vétusté, mais dans celui où la Nature les a produits : par ce moyen, on a sauvé le hideux qui rebute souvent dans les objets les mieux conservés. »

Les époux Regnault : Geneviève (1746-1802) et Nicolas-François (1746-1810).

 


double faon

 

 

Double faon« Mr Daubenton en a fait une description très détaillée dans l’Histoire naturelle de M. de Buffon, tome VI, page 140. »

Les connaissances médicales, depuis le XVIe siècle, progressent grâce à la dissection. L’étude des monstres, ou tératologie, peut aussi s’appuyer au XVIIIe siècle sur la classification des espèces (Buffon), ce qui exclut les monstres mi-homme mi-bête ou associant deux espèces différentes, alors qu’on les rencontre fréquemment dans les livres des époques précédentes. [3]

 

 


La reliure de notre exemplaire est d’époque, et il entre dans les collections de la bibliothèque sans doute à la Révolution (cote du livre inscrite sur une carte à jouer).

Ce livre a été présenté en mars à la médiathèque Coubertin à Montrapon.


Pour aller plus loin :

[1]
Article « Vache extraordinaire », dans Les Spectacles de la foire, de 1595 à 1791 (1877). Cote BM Etude 51 102 et 51 103. Voir aussi les articles sur les nains, ou la négresse blanche (albinos).

[2] « Le petit Pépin », dans Beautés monstres : curiosités, prodiges et phénomènes (exposition au musée des Beaux-Arts de Nancy, 2009), p. 155. Cote BM Etude 79 391. Voir aussi p. 165, « La visite au nain de la foire  » (1770)

[3] Les monstres de la Renaissance à l’Age classique. Exposition en ligne : Paris, BIUM, 2004. Disponible sur Internet : http://www.biusante.parisdescartes.fr/monstres