Parlez-vous le Guèze ? le Kakongo ?

Nouveau Testament en éthiopien (1548)
Parmi les livres anciens de la bibliothèque, certains nous font voyager très loin dans le temps et l’espace : en Ethiopie au XVIe siècle, et au Congo au XVIIIe siècle...
Récemment, des historiens de Chicago et d’Anvers ont demandé la numérisation de deux livres très rares et étonnants, qui témoignent de l’histoire de l’Afrique ancienne. Ils ont aussi été présentés lors de conférences dans les bibliothèques municipales, sur le thème du plurilinguisme : Au rythme des cultures, à voix autres .

Début de la messe
La première édition du Nouveau Testament en éthiopien est imprimée en 1548 par trois moines abyssins (éthiopiens) du monastère San Stefano à Rome. Ce livre a appartenu à Claude Boisot (1749), chanoine de la cathédrale de Besançon, puis à la bibliothèque publique de Saint-Vincent de Besançon. L’intérêt pour l’Ethiopie s’explique par une christianisation très ancienne.

Vierge à l'Enfant
Avant l’Abyssinie et l’Ethiopie, le royaume d’Axoum est voisin de l’Egypte romaine ; il est christianisé dès le IVe siècle. La langue d’Axoum, le guèze, devient la langue savante et sacrée du nouveau royaume d’Ethiopie au XIIIe siècle. Elle est transcrite avec un alphabet d’origine sud-arabique, qui se lit de droite à gauche.
« Selon la tradition, le roi Salomon et la reine de Saba auraient eu un fils, Ménélik, qui aurait reçu en héritage l’Ethiopie, conçue comme un nouvel Israël ».

Grammaire Kongo (1775-1776)
Non moins étonnants, trois manuscrits du XVIIIe siècle sur le Congo sont conservés à Besançon. Ils concernent la langue du royaume de Kongo :
- Grammaire congo, suivant l'accent de Kakongo. Ms 523 (1775-1776)
- Dictionnaire congo et françois. Ms 524 (1775)
- Dictionnaire françois et congo. Ms 525 (1773)
Le missionnaire Cuenot, auteur de ces copies, avait vraisemblablement la même origine que son homonyme, né au Bélieu (Doubs), mort en 1861, vicaire apostolique de la Cochinchine (Sud du Vietnam). La Franche-Comté, région très catholique, a vu naître de nombreux missionnaires.

Abana ba mangezi : ceux-là ont refusé
Pourquoi ce choix du Congo au XVIIIe siècle ? Comme pour l’Ethiopie, certainement à cause de la christianisation ancienne du pays, dès les premiers contacts avec les navigateurs portugais.
Le roi Nzinga Nkuwu se convertit en 1491 et devient Joao Ier, et son fils Afonso Ier reste fidèle au christianisme (1506-1543), de même qu’une partie de la population au moins jusqu’au XVIIe siècle. Un des fils d’Afonso Ier devient évêque à Rome en 1518.
Mais l’alliance politique avec le roi du Portugal se heurte dès 1520 aux réalités du commerce : les Portugais contournent le monopole royal sur le cuivre et développent la traite des esclaves, ce qui sape peu à peu le pouvoir royal. Le royaume de Kongo possède encore un ambassadeur à Rome en 1580, mais il disparaît ensuite au XVIIe siècle.

Bibliographie

BOILEY, Pierre, CHRETIEN, Jean-Pierre. Histoire de l’Afrique ancienne : VIIIe-XVIe siècle, dans la Documentation photographique, mai 2010.
Pierre Bayle, salle presse, 320 DOC N° 8075

Pour se vacciner avec humour contre les clichés sur l’Afrique :
ALEXANDRE, Pierre. Les Africains : initiation à une longue histoire et à de vieilles civilisations, de l'aube de l'humanité au début de la colonisation (1981)
BM Etude 602 029.4

Le point de vue des Africains sur leur histoire :
Histoire générale de l'Afrique. (Unesco, 2011)
BM Etude 338 098.1 à .8